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Dans le calendrier népalais, le mois de Baisakh marque le début de la nouvelle année népalaise. Ce jour est férié à travers tout le pays et les Népalais en profitent pour se retrouver en famille ou se rendent au temple.

A Bhaktapur, dans la Vallée de Kathmandu, démarre Bisket Jatra, le festival du nouvel an qui va durer neuf jours et drainer des milliers d’habitants dans son sillage.

bisket jatra © sangesh shrestha

L’HISTOIRE DE BISKET JATRA

La légende raconte que chacun des gendres qu’un Roi mariait à sa fille mourrait lors de la nuit suivant l’évènement. A peine le mariage avait-il lieu que le prétendant succombait au cours de la nuit de noces.

Un jour, le fils d’une vieille dame fut choisi. La vieille femme refusait de donner son fils en mariage prétextant qu’il était son seul et unique enfant et qu’elle aurait besoin de lui comme support dans l’avenir. Rien n’y fit. Mais une autre vieille femme intervint, conseillant au jeune homme de « ne surtout pas s’endormir au cours de la nuit de noces » s’il souhaitait rester en vie.

A la suite du mariage, lors de la nuit de noces, la princesse s’endormit alors que le garçon resta éveillé. C’est alors qu’il vit sortir deux serpents de chacune des narines de la jeune fille, grossissant à vue d’œil. Le jeune homme découpa alors les deux reptiles en plusieurs morceaux afin de sauver sa vie et celle de sa femme.

Le lendemain, les citoyens de la ville apprirent que la vieille dame de bons conseils était en réalité la Déesse Bhadrakali. Ils décidèrent alors de la garder près d’eux comme protectrice. Ils l’installèrent dans un chariot qu’ils transportèrent à travers la ville pour célébrer celle qui avait sauvé le pays.

bisket jatra bhadrakali

Lord Bhairab (l’une des formes de Shiva), époux de la déesse Bhadrakali, s’inquiéta de ne pas voir rentrer sa femme. En cherchant, il découvrit qu’elle était vénérée à Bhaktapur. Il prit alors une forme humaine pour se mêler à la foule. Mais étant beaucoup plus grand que le reste de la population avec un faciès différent, il fut rapidement démasqué. Plusieurs personnes tentèrent de l’attraper et Bhairab disparut comme il était apparu.

Comme il s’agissait d’une offense envers la divinité, les habitants de Bhaktapur devaient apaiser la colère du dieu. Ils décidèrent d’installer une représentation de Bhairab sur un autre chariot afin de le transporter dans la ville et de le célébrer aux côtés de sa consœur Bhadrakali.

LE DEFILE DES CHARS

Durant les neuf jours que durent le festival, deux chariots, l’un dédié à Lord Bhairab, l’autre à la déesse Bhadrakali, arpentent les ruelles de Bhaktapur. Ces deux chars, localement appelés « rathas », sont déplacés à l’aide grosses cordes sur lesquelles tirent les habitants. Lentement les chariots avancent dans la ville avant de s’immobiliser et de laisser place à un concours de tir à la corde entre une équipe de l’est de la ville et une autre de l’ouest de la ville.

bisket jatra © Maheswor Man Singh

Chaque jour les rathas arpentent la ville, créant l’effervescence parmi la population.

L’ERECTION DU LINGO

La veille du nouvel an, un immense mât de 25 mètres de haut est érigé à Bhaktapur. Celui-ci porte le nom de « lingo ». Il est affublé de deux immenses rubans accrochés de chaque côté du mât, représentant les deux serpents sortis du nez de la princesse.

Le lendemain matin, les mêmes équipes de l’est et de l’ouest de la ville s’affrontent à nouveau pour tirer sur le lingo à l’aide de cordes afin de le faire tomber, signifiant la mort des serpents. La chute du mât au sol marque concrètement le début de la nouvelle année népalaise. Malheureusement, cet affrontement blesse souvent des personnes qui participaient à la fête.

bisket jatra lingo © alamy

On raconte que la façon dont tombe le lingo est une indication sur la façon dont l’année à venir va se dérouler. Soit il tombe d’un seul morceau (l’année sera auspicieuse), soit il se brise (mauvaise année à venir).

LES AUTRES CELEBRATIONS

Les jours suivants la nouvelle année, de nombreux groupes de danseurs et musiciens habillés en costumes traditionnels arpentent les rues de Bhaktapur et animent la ville du matin au soir.

bisket jatra musique danse © Rabindra Ghemosu

A Bode, une ville voisine de Bhaktapur, on peut assister à « Jibro Chhedne Jatra » lors du deuxième jour de Baisakh. Lors de ce festival un homme de la ville perce sa langue avec une pointe de 25cms de long trempée dans de l’huile de moutarde. Cette pratique annuelle permet de libérer la communauté hantée par les esprits et les démons.

bisket jatra jibro chhedne jatra © tourism mail

A Thimi, une autre ville voisine de Bhaktapur, les habitants célèbrent « Sindoor Jatra » à l’occasion du deuxième jour de Baisakh. Cette célébration voit une trentaine de petits palanquins transportant des divinités arpentés les rues de la ville qui se teinte d’orange. Ce festival marque le nouvel an népalais et l’arrivée du printemps. Les locaux chantent et dansent en musique en se projetant les uns sur les autres du « sindoor », une poudre orange, partout dans la ville.

bisket jatra sindoor jatra © Anish Regmi